NOM : Virus Chikungunya

Histoire naturelle de la maladie
Le terme « chikungunya » a été utilisé pour la première fois en 1953 lors d’une épidémie en
Tanzanie. La maladie était caractérisée par l’apparition brutale d’une hyperthermie
accompagnée d’arthralgies importantes et d’une éruption cutanée. Le mot signifie « marché
courbé » en swahili, traduit la posture caractéristique qu’adoptent les malades en raison des
douleurs incapacitantes liées à l’infection.
Le virus
Le virus Chikungunya (CHIK) est un arbovirus du groupe A (Alphavirus) de la famille des
Togaviridae, proche du virus O’nyong-nyong.
On distingue, de par leurs caractéristiques biologiques, deux souches différentes de CHIK,
une souche africaine et une souche asiatique.
Le vecteur
Sur la base de la fréquence des isolements du virus chikungunya à partir de lots de moustiques
il apparaît que les vecteurs principaux sont pour la région Afro-Tropicale des moustiques du
genre Aedes appartenants aux sous-genres Diceromyia et Stegomyia.(Jupp PG, McIntosh BM,
1988. Chikungunya virus disease. Monath TP, ed. The Arboviruses: Epidemiology and
Ecology.Volume II. Boca Raton, FL: CRC Press, 137–157).
Les principaux vecteurs sont dans cette région : Ae. (Dic.) furcifer-taylori , Ae. (Stg.)
africanus, Ae. (Stg). luteocephalus et Ae. (Stg) aegypti. Toujours dans cette région, la
littérature ne fait pas mention de l’espèce Ae. albopictus. Il est néanmoins utile de rappeler le
passé récent de cette espèce sur le continent Africain. En Asie par contre, cette espèce, qui
appartient également au sous-genre Stegomyia, est fortement suspectée d’assurer la
transmission du virus dans les aires forestières et sub-urbaines. Des expériences de
laboratoire ont, à plusieurs reprises, démontré la bonne compétence vectorielle d’Ae.
albopictus vis-à-vis du virus Chikungunya.(Paul S.D and Sing K.R.P. 1968. Experimental
infection of Macaca radiata with chikungunyia virus. Indian Journal of Medical Research 56,
802 ; Singh K.R.P. and Pavr K.M. 1967. Experimental studies with chikungunya virus with
Ae. albopictus and Ae. albopictus. Indian Journal of Medical Research 11, 517 ; Mangiafico
J.A. 1971. Chikungunya virus infection and transmission in five species of mosquitoes.
American Journal of Tropical Medicine and Hygiene 20, 642.).
• Culicidae du genre Aedes
Deux moustiques du genre Aedes appartenant au sous genre Stegomyia existe sur l’île de La
Réunion : Aedes aegypti (Linne, 1762) et Aedes albopictus (Skuse, 1894). Ces deux
moustiques sont connus pour leurs rôles majeurs dans la transmission de virus de la dengue.
• Ae. aegypti
Ae. aegypti occupait autrefois toute la zone littorale de l’île (Hamon, 1953). A la suite des
pulvérisations intradomiciliaires d’insecticides organochlorés, le DTT (dichloro-diphényltrichloréthane),
dans le cadre des campagnes de lutte antipaludique menées de 1949 à 1952,
l’espèce est devenue fort discrète. Longtemps, on l’a cru disparue, mais ce moustique
subsiste, sur la côte « sous le vent ». Il s’y maintient, sous forme de petites populations
selvatiques. Les larves sont exclusivement retrouvées dans des creux de rochers et sont
toujours associées à Ae. albopictus (Salvan et Mouchet, 1994). Cette dernière espèce paraît
prendre le dessus, et cette situation n’est pas sans rappeler celle des Etats Unis, où
l’introduction d’Ae. albopictus s’est accompagnée de la régression des populations d’Ae.
aegypti déjà en place. L’isolement géographique de ces gîtes, rend rares les contacts hommevecteur.
Dans de telles conditions, il semble peu probable que ce moustique puisse jouer un
rôle épidémiologique important dans le maintien d’une épidémie de dengue ou de
Chikungunya, à la différence d’Ae. albopictus.
• Aedes albopictus (Skuse, 1894)
Ae. albopictus est le moustique le plus répandu sur l’île de La Réunion avec Culex
quinquefasciatus. Il est présent sur toute la région littorale de l’île, autant en milieu urbain
qu’en zones inhabitées. On le retrouve dans les « hauts », jusqu’à une altitude de 1200 m,
avec cependant des densités faibles. L’activité des adultes, très anthropophiles, est maximale
en fin d’après midi et au crépuscule (Hamon, 1953). En saison sèche, il se fait assez discret
pour réapparaître massivement en saison des pluies. Il paraît plus que probable, que ce vecteur
ait été le seul impliqué, lors des épidémies de dengue ayant frappé l’île en 1977-1978 et en
2004.
Aedes albopictus, moustique originaire d’Asie du Sud Est, a probablement été introduit à
Madagascar et dans les îles de l’Océan Indien à l’occasion des vagues successives de
colonisation du Sud-Ouest de l’Océan Indien par les peuples d’origine indonésienne. Les oeufs
des moustiques du genre Aedes sont dits «durables», ils peuvent résister à la dessiccation
durant plusieurs mois au sein des gîtes. Cette adaptation permet aux populations naturelles de
se maintenir durant les périodes sèches. De plus, ceci rend possible le transport et la
dissémination d’oeufs dans une nouvelle aire géographique. En régions tempérées, les oeufs
Ae. albopictus peuvent résister durant les mois d’hiver. Cette capacité semblerait varier
suivant la situation géographique. Ainsi, testés au laboratoire, les oeufs originaires d’Asie
tropicale paraissent plus sensibles au froid que ceux originaires du Nord de l’Asie (Hawley et
al., 1988).
Ce moustique possède un large spectre de gîtes larvaires. Les larves peuvent se développer au
sein de gîtes artificiels tels que des vases à fleurs, fûts, boîtes de conserves, pneus et divers
récipients domestiques et péri-domestiques. En milieu naturel, les larves sont retrouvées dans
des creux d’arbres, trous de rochers, bambous coupés, aisselles de feuilles…
SYNONYME OU RENVOI : polyarthrite épidémique et éruption cutanée,
fièvre de Chikungunya, CHIK
CARACTÉRISTIQUES : Alphavirus, famille des Togaviridae
(anciennement : arbovirus du groupe A); virion sphérique, enveloppé, de
60 nm de diamètre; ARN monocaténaire de polarité positive
DANGER POUR LA SANTÉ
PATHOGÉNICITÉ : maladie virale fébrile spontanément
résolutive, caractérisée par une arthralgie ou une arthrite généralement
localisée aux genoux, aux chevilles et aux petites articulations des
membres; forte fièvre, suivie d'une éruption maculopapulaire; présence
dans certains cas d'un énanthème buccal et palatin; présence dans
certains cas de nausées et de vomissements; des hémorragies bénignes
sont possibles, surtout chez les enfants; les infections asymptomatiques
sont fréquentes; l'immunité est durable
ÉPIDÉMIOLOGIE : des cas ont été signalés en Afrique, en Inde,
dans le Sud-Est asiatique et dans les Philippines
GAMME D'HÔTES : l'humain, les primates, autres mammifères,
oiseaux
DOSE INFECTIEUSE : inconnue
MODE DE TRANSMISSION : par piqûre de moustiques infectieux
PÉRIODE D'INCUBATION : habituellement 1-12 jours
TRANSMISSIBILITÉ : aucun cas confirmé de transmission de
personne à personne
DISSÉMINATION
RÉSERVOIR : probablement les primates
ZOONOSE : probable - vraisemblablement à partir de primates
qui génèrent une forte virémie mais ne manifestent pas de symptômes
VECTEURS : moustiques - Aedes spp.
Ae. aegypti, Ae. africanus
Mansoni spp.
VIABILITÉ
SENSIBILITÉ AUX MÉDICAMENTS : aucun agent antiviral disponible
à ce jour
SENSIBILITÉ AUX DÉSINFECTANTS : sensible à l'éthanol à 70 %, à
l'hypochlorite de sodium à 1 %, au glutaraldéhyde à 2 %, aux solvants
des lipides
INACTIVATION PAR DES MOYENS PHYSIQUES : inactivé par la
chaleur sèche ou humide > 58° C; sensible à la dessication
SURVIE À L'EXTÉRIEUR DE L'HÔTE : inconnue, moins d'une journée
dans un milieu de culture à 37° C
ASPECTS MÉDICAUX
SURVEILLANCE : surveiller la présence de symptômes;
confirmation par analyse sérologique et isolement viral chez des souris
ou dans des cultures tissulaires
PREMIERS SOINS ET TRAITEMENT : essentiellement un traitement
de soutien
IMMUNISATION : aucun vaccin à ce jour
RECOMMANDATIONS
Les mêmes précautions que pour la Dengue
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